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Oct 25

Et ta soeur, elle est artificielle ?

Sérieux, je n’en peux plus. Le growth hacking » qui n’a rien de hacking, j’ai réussi à faire avec. Mais l’intelligence artificielle pour parler d’un chatbot, ça dépasse les bornes. Disclaimer: ce post ne sert à rien, mais ça défoule.

helga

D’un côté, on a Hollywood, qui exagère à fond : on a tous en tête une scène de film où le « hacker », souvent un adolescent en hoodie, « pirate le FBI » depuis sa chambre de puceau. Dans Opération Espadon (« Swordfish »), le mec le fait même avec un pc portable qui n’est pas à lui, un flingue sur la tempe, et une blonde sous la table (capture à droite). En 60 secondes. Les mêmes scénaristes te balancent de l’Intelligence Artificielle à tous les étages, de Skynet à la grande Matrice, ultra-performante et, surtout, toujours prête à détruire/asservir l’humanité.

De l’autre, on a des marketeux en col-blanc/jaunâtre, qui ne respectent rien pour vendre à leurs clients Grands Compte que la technologie, c’est compliqué, et donc, qu’ils servent à quelque chose. Après le Growth Hacker, dont le job consiste grosso modo à déterminer à quelle fréquence harceler par email le moindre pékin qui est passé sur un site, voilà qu’aujourd’hui ils commencent à nous claquer de l’Intelligence Artificielle dans tous leurs Powerpoints bullshiteux.

Sauf que leur Intelligence Artificielle, c’est loin d’être le TechnoCentre d’Hypérion, hein (Va le lire si tu aimes la science-fiction et que c’est pas encore fait, tu m’en diras des nouvelles). Après les ordinateurs qui jouent aux échecs ou au Go (qui, pour le coup, sont de vrais domaines de recherche de l’intelligence artificielle), on en bouffe maintenant à toutes les sauces, le plus répandu actuellement étant le Chatbot, la fameuse intelligence artificielle qui va révolutionner votre SAV.

Pendant que certains se cassent humblement le cul pour coloniser Mars, d’autres dépensent des budgets pharaoniques pour te faire savoir (même -et surtout- si tu n’en as rien à foutre) qu’ils révolutionnent le « commerce conversationnel » … en te permettant de commander une pizza industrielle via Facebook (allez vous faire foutre). Et les exemples pullulent, comme à chaque grande mode du marketing, qui durera six mois avant qu’on en réalise que le ROI est foireux et la valeur ajoutée nulle.

Attention, hein, qu’on utilise des chatbots (ou tout autre dispositif, d’ailleurs) pour améliorer une expérience client, je trouve l’idée très bien. Et pour m’être intéressé un peu aux TALN (traitements automatiques des langages naturels), notamment après avoir bouffé des cours de linguistique à la Fac (le vendredi matin, souvent en amphi, encore bourré de la veille), je suis tout à fait conscient que techniquement, c’est un gros challenge de sortir un bot qui puisse passer, même vaguement, un test de Turing (ce lien mène vers « Can machines think ? », la publication originale d’Alan Turing, de 1950). Ce qui me gène, c’est bien l’emploi du terme « Intelligence Artificielle » par des profanes qui n’y comprennent rien.

En fait, dans cet exemple des chatbots, je ne vois même pas où est la putain d’innovation. Ok, c’est mieux fait qu’à l’époque (et encore), mais on jouait déjà avec des Eggdrops sur IRC en 1997. Ces bots (diminutif de « robot », hein, on sait jamais) étaient écrits en C, et avaient la capacité de se connecter à un canal de discussion (un « chan ») et, via des plugins, à simuler un apprentissage. Je dis bien simuler car, même si au fil du temps, le bot pouvait prendre l’apparence d’un humain (un humain un peu bas de plafond, mais sur IRC ça faisait souvent illusion), il n’y avait aucune trace d’intelligence là-dedans. Le bot faisait surtout des collections statistiques, et finissait par savoir répondre « pas mal, et toi ? » quand on lui demandait de ses nouvelles.

Si vous utilisez un service de chat (type Facebook Messenger), vous voyez le niveau : les faux profils de blondes à gros seins, qui après trois questions bateau, meurent d’envie de vous montrer leur petite culotte sur un quelconque site de streaming payant.

Avant ça, et plus sérieux, dès le début des années soixante, pendant que ta grand-mère se défonçait au LSD, leur grand-mère à elles était psychiatre et s’appelait Eliza. Sorti du MIT, Eliza était un « programme » (le mot était à la mode, à l’époque) qui simuait une conversation avec un thérapeute. C’est de ce programme qu’est tiré le nom de l’Effet Eliza, qui consiste à donner à une machine des intentions qu’elle ne peut pas avoir. Douglas Hofstadter a un exemple parfait : un distributeur de billets qui affiche « Merci » n’est pas capable d’empathie. De la même manière, les « chatbots » ne sont capables d’aucune réflexion, et même si leur fonctionnement est lié aux recherches sur l’intelligence artificielle, ils n’en sont pas.

Si tu n’es pas d’accord, au lieu de laisser un commentaire , va parler avec Eliza : http://www.eliza.levillage.org/

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